Les ogres ****

Si certaines personnes continuent de proclamer que le cinéma français est mort et qu'il ne produit plus rien d'intéressant, il est grand temps que ces bande-mou et autres pisse-froid sortent de leur grotte et reprennent le chemin des salles obscures. Une foule de jeunes cinéastes d'une trentaine d'année sont en train de débarquer dans le paysage et prouvent qu'une génération bénie est bel et bien en train d'éclore. Ainsi de Thomas Cailley (les combattants), Céline Sciamma (Tomboy, Bande de filles), Samuel Collardey (L'apprenti), Thomas Lilti (Hippocrate) et de l'une des plus prometteuses révélations de ces dernières années : Léa Fehner. Point commun de tous ce petit monde, ils sont des enfants de la Fémis, école de cinéma désormais incontournable.

Après un premier long métrage, Qu'un seul tienne et les autres suivront, admirable, qui témoignait d'une grande maîtrise dans tous les secteurs du 7ème art (scénario, direction d'acteur, mise en scène, image, montage...), la jeune Léa Fehner, 34 ans, revient sur le grand écran après sept longues années de gestation pour un second film tout aussi bouleversant. Si son premier film s'intéressait, entre autres choses, à l'univers carcéral qu'elle connaissait bien par le biais d'activités associatives, Les Ogres nous plonge dans l'univers du théatre itinérant. Monde qu'elle connait également plus que bien puisqu'il a constitué son mode de vie aux côtés de ses parents.

Le film nous invite à suivre une bande de troubadours, dans leur vie de bohême, dans les vicissitudes de la vie en collectifs, faite de coups de gueule, de coups de cœur, de grand moment de tendresse et d'instants de déprime totale. Sur le rythme des mots de Tchekhov que la troupe colporte de ville en ville, la caméra de Léa Fehner nous plonge au cœur de ce groupe d'éclopés magnifiques.

La mise en scène de Fehner lui permet de sublimer son scénario par un sens de la scène très aboutit. Certaines séquences du film (échographie chez le gynéco, bagarre au couscous, cours de sodomie à des enfants...) sont mémorables.

Les acteurs sont tous impeccables, et l'osmose du groupe est tout le temps palpable. Une partie des acteurs est composée de la troupe de théâtre des parents de la cinéaste, auxquels s'ajoutent des comédiens de cinéma merveilleusement choisi. Marc barbé livre une performance magistrale dans son costume de Déloyal aussi nihiliste et dépressif que charmeur et sûr de lui. Au même titre que Reda Kateb qui au moment du tournage de son premier film n'était pas connu, la réalisatrice a eu le nez très fin en embauchant la boule de nerfs et de vie, Adèle Haenel qui s'est depuis révélé comme l'une des actrices majeures de la nouvelle génération.

Une cinéaste assurément à suivre, et un second film tout à fait remarquables !

Note : 4/5

Réalisateur : Léa Fehner

Acteurs : Adèle Haenel, Marc Barbé, Inès Fehner, François Fehner

Scénario : Léa Fehner, Brigitte Sy

Date : 2016

Nationalité : France

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